Egnos El Te Aél
La guerre fait rage. Sous le feu ennemi, je me tiens recroquevillé, l'arme à la main, alors que des éclats de métal et de plâtre tombent tout autour de moi.
Un de mes camarades est touché au torse. Il s'écroule sur les pavés froids, et commence à suffoquer. Je dépose mon sac au sol, résolu à le sauver. C'est moi le médecin de l'escouade. Je sors d'une poche un grand couteau, et je déchire sa veste. La plaie béante bouillonne de sang, et dans un dernier sursaut, un soupir, et il s'éteint.
Je bas en retraite, alors que les ennemis se jettent vers nous en hurlant.
Je suis maintenant au coeur du ghetto, et les civils apeurés courent sans direction précise, tentant de fuir les bombes et les balles. Et pourtant elle est là, elle se jette vers moi, des larmes dans les yeux et le sourire aux lèvres, et elle me serre dans ses bras comme si c'était la dernière fois qu'elle me voyait en vie. Ce qui serait sûrement le cas.
Nous courons maintenant, main dans la main, à la recherche du reste de mon unité. Ils sont cachés dans un bâtiment, et nous les rejoignons sans encombre, malgré les projectiles qui fusent de toutes parts.
A l'abri, je peux enfin lui rendre son étreinte, sous l'oeil attendri de mes confrères.
Soudain, la porte explose, et une horde de nos ennemis pénètre la pièce. Je fuis, mais mes amis sont massacrés. Je saute par la fenêtre, et je cours. Mais ils sont à mes trousses, et je ne peux rien faire. Je me retrouve rapidement encerclé, et une marrée noire déferle vers moi.
Soudain, le calme. Ils se sont arrêtés, et me fixent.
Je suis entouré d'un millier d'hommes enragés, les chaussures enfoncées dans le sable brûlant, l'arme à la main, qui me fixent sans bouger, comme attendant un geste de ma part. Je serre contre moi mon sac à dos, avec sa photo à l'intérieur. Ils ne me la prendront pas.
Puis, les rangs s'écartent, et, entre les épaules et les visages haineux, son visage apparaît. Elle traverse la foule, et avance vers moi. Le premier rang se divise enfin pour la laisser passer, et elle est là, debout devant moi, calme, sereine.
A pas lents et mesurés, elle s'approche de moi, et m'offre son ultime étreinte. Ses bras autour de mon cou, mes mains sur ses hanches, l'odeur se ses cheveux, la douceur de sa joue contre la mienne. Le froid d'une lame contre ma nuque, qui s'enfonce dans mes vertèbres, le craquement de ma colonne vertébrale...
Je m'écroule, face au ciel, et à son visage angélique. Ses cheveux bruns volent dans la brise fraîche, et je sens le sang poisseux et brûlant bouillonner hors de ma plaie, et imbiber le sol sous moi.
Dans sa main, un long couteau, plein de sang. Mon sang.
22 avril 2013